Un jour, un visiteur est entré dans une de mes expositions et m’a dit : « ce sont les vestiges d’une civilisation pacifiste… » Il était hésitant et sollicitait mon approbation ou son contraire. Je n’avais jamais vu les choses sous cet angle. On apprend finalement toujours de soi dans le verbe des autres.

Vestiges… Oui, mes personnages sont les réminiscences ou fragments d’une autre époque, révolue peut-être, mais en réalité d’une époque qui n’existe pas. Pacifiste, oui aussi, je suis profondément et intiment convaincue, de la force de la non violence. J’ai grandi sur un terrain de lutte pacifique, au profit d’une cause juste et humaniste. Cela me définit jusqu’à aujourd’hui et je pense que je milite à mon tour en ce sens à travers mes sculptures. Dans le silence et l’absence de hurlements. Peut-être que je m’efforce de rappeler l’espoir comme valeur essentielle de l’humanité, par la dimension poétique et la tendresse inhérentes à mon travail.

Je travaille en ce moment sur le corps blessé. Je ne peux en rester là, sur cette « note » à la dimension dramatique. La blessure ne peut se suffir à elle-même. Mes blessés s’auto-guérissent et se protègent des agressions du monde extérieur. Je veux croire que l’humain porte en lui la faculté de renaître de ses cendres. J’éprouve aussi, en inventant ces corps qui ont leur propre existence, comme un apaisement, l’idée de donner la vie à des personnages qui nous survivront.  Je me rappelle d’un film de Scorcèse « After hours » ou le personnage principal, pour sortir d’un interminable cauchemar, est recouvert de papier mâché et se retrouve transformé en sculpture… comme si la sculpture était la seule issue… Elle l’est pour moi. A travers la sculpture, je suggère ce qui parfois n’a pas besoin d’être dit ou formulé, revendiqué, j’essaye de rappeller l’essentiel et la beauté de la nature humaine sans pour autant la mythifier.